Architecture

Le château de Châtillon est le fruit d'une longue histoire, sans doute pas très linéaire, et hélas pas très documentée. Il comportait jusqu’en 1855 une tour octogonale romaine, à la place de l’actuelle maison de gardiens, qui était la marque de son antiquité et de sa pérennité. Mais nous n’avons plus de plan ancien du château, d’époque médiévale ou moderne, et comme le château est encore habité et privé, nous n'avons pas non plus de résultats de fouilles archéologiques ou de résultat dendrologiques utile.

Château de Châtillon, tour du Levant.

Vue depuis le parc de la tour du Levant, certainement une partie ancienne du château.

L'état actuel est celui qui résulte de la dernière série de travaux, qui le transforme en château résidentiel dans le goût du XVIIIe siècle. On connaît pourtant quelques unes des campagnes de travaux dont il fut l'objet au cours des siècles. On sait que les Challant, Iblet, ou Jean de Challant, ou François de Challant, qui en ont fait leur résidence, l’agrandissent et l'embellissent dès 1400, en en faisant un lieu de vie agréable, sans doute déjà pourvu d'un parc, peut être même d'un étang. De cette époque datent les fresques de l’actuelle salle des archives (« cycle de Renart »), ainsi qu’une partie de la cave actuelle (salle des gardes, grande cuisine...), anciennement rez-de-chaussée. C'est ce château que Catherine de Challant et son mari, Pierre d'Introd, tentent de défendre contre Jacques de Challand, sans succès.

A la mort de Philibert de Challant, en 1517, l'inventaire rapporte sur la composition du château les éléments de description suivants:

"la chambre qui est en ault de la tour du virez dudict chasteau ... la chambre appellee la garde robe ... laultre petite garde robe aptes ladicte derobe ... la chambre appelee la chambre touppe ... la grant sale dudi chasteau" (en 1517 "toute tappissee de tappisserie jaulne et verte a arbres et sauvagines") "... la chambre auprès de ladicte grant sale ... la grande sale basse ... la chambre aupres de ladicte sale basse ... la cuisine ... la petite crocte ou pié du virez ... la grant cave ... la petite cave de Sainct pol ... la chambre sus la porte du dict chasteau ... la riere chambre quest sus le baloard ... la chambre appellée dessus lestan ... la chambre sus de la gallerie au pres de la posterne en laquelle couchent les serviteurs ... la chambre ensuivans ... la tour de champ de court" où l'on trouvait une"plus haulte crotte" e encore une chambre "dedans le belloard ou pres de la porte dudict chasteau" et "la garde robe qui est ou pres de la chambre touppe"
(Archives Historiques Régionales FC, vol. 11 m.II doc. 5. Cité par Orlandoni B, Costruttori di Castelli, Vol. 1, Aoste, 2008, p.311).

Dans le bâtiment actuel, peu de choses sont encore visibles de cet état ancien. La décoration a fresques, au dessus du grand salon actuel et encore visible dans les combles, dont les motifs sont des navires, et des cordages ; les fresques des archives ; les pièces qui se trouvent aujourd'hui à la cave, et qui étaient le rez de chaussée avant le comblement de l'ancien mur d'enceinte au XVIIIe siècle. Il s'agit pour l'essentiel d'une grande cuisine avec son avant-cuisine ; d'une pièce servant d'accès à l'actuelle cave ; d'une salle d'armes, avec les armoiries des Challant aux plafond, et une grande cheminée, d'une série de pièces en enfilade, d'ouest en est, sous la façade actuelle du château, d'un départ d'escalier (droit), en pierre, sans doute médiéval, de quelques salles en enfilade servant aujourd'hui de cave à vin, et ou se trouve un pressoir, sans doute du XIXe siècle.

Château de Châtillon, fresque dans les combles, XVIe siècle, thème maritime.Château de Châtillon, fresques des archives, XVe siècle, thème du roman de Renart Château de Châtillon, pressoir dans la cave, XIXe siècle

1 Fresques découvertes au dessus de grand salon actuel, sans doute du début du XVIe siècle. 2 Fresques de la salle des archives, probablement du XVe siècle, contemporaines de celles de Fénis. 3 Pressoir dans la cave actuelle.

La pente de cette actuelle cave, descendant d'ouest en est, et du sud au nord, traduit probablement l'allure générale du château à l'époque, dont la partie la plus haute, sans doute un donjeon, devait se trouver dans l'actuelle tour ouest. Les affleurements de rocher dans cette même cave montrent que le château de l'époque, comme bon nombre de châteaux du Val d'Aoste, repose directement sur la roche.

Château de Châtillon, reconstruction de Francesco Corni,  état  possible au XVIe siècle

Reconstruction, probablement fausse dans les éléments, les proportions et la figuration, du château de Châtillon au XVIe siècle (http://www.francescocorni.com).

La description de 1517 montre par ailleurs une structure complexe, bastionnée, segmentée en tours et divers bâtiments, qui devaient la rapprocher de celle de Fénis ou de quart, et de leur enceintes. L'emplacement fait toutefois que le séjour y devait être plus agréable, au soleil, et dans un micro-climat plus favorable que dans le reste du territoire de la vallée.

C'est sans doute pourquoi, à partir de 1717, Pauline Solaro de Govone, épouse de Georges-François de Challant, entreprend une troisième reconstruction du château, mais dans le style du XVIIIe siècle, très marqué par celui des villas palladiennes des environs de Venise, ou par le luxe plus urbain des résidences de Turin. Le style du grand salon en particulier est probablement inspiré par celui du château des comtes de Solaro à Govone (dessiné par Guarino Guarini à la fin du XVIIe siècle, et réalisé par Benedetto Alfieri au cours du XVIIIe).

Château de Châtillon, grand salon du XVIIIe siècle, style baroque rococo

Vues du grand salon du château de Châtillon, dans son état actuel.

Devenu bien plus confortable et commode à l'intérieur, il perd alors ses attributs militaires (tours crénelées, courtines, enceinte…), et se recouvre de crépis de sable de la Doire. Il se dote également d’un chemin d’accès ombragé par tilleuls et de hêtres, et développe à l’extérieur de ses anciens murs un jardin, conçu à l’origine comme jardin à la française (buis bas, sans statues). Partiellement détruit en 1755 par un tremblement de terre qui l’endommagea gravement, il fut de nouveau objet de grands travaux de réfection des murailles et du toit en 1769.

Château de Châtillon, plan approximatif de rez de chaussée, état actuel

Plan approximatif du rez de chaussée du château de Châtillon, dans son état actuel.

En 1855, de nouveaux travaux de modernisation furent entrepris par la famille Passerin d'Entrèves, qui avait hérité du château, en 1846, à la mort de Gabrielle Canalis de Cumiana, épouse en secondes noces, en 1814, d'Aimé Passerin d'Entrèves. Le mobilier est alors modernisé, la tour octogonale romaine abbattue, et remplacée par un nouveau bâtiment à usage d'orangerie, maison de gardiens, et écurie. Tout le confort moderne (chauffage par poêles, puis au charbon, eau courante et nombreuses salles de bain, électricité...) est ajouté par la suite. Certains éléments de décor (tapisseries...) ou de confort (billard...) améliorent encore le faste de la maison.

Restauration

Classé aux monuments historiques, le château est néanmoins privé, et n’est donc pas ouvert au public. Il est entretenu en l’état par ses propriétaires. Des travaux récents ont permis de refaire la toiture, completer l'étanchéité des murs, de rénover l’intérieur (peintures et électricité), et de moderniser la maison des gardiens, toujours sous l’œil attentif de l’administration régionale.