Histoire: le château

Le château de Châtillon, qui remonte au latin « castrum » ou « castrium », petit camp fortifié ou forteresse romains, comportait jusqu’en 1855 une tour octogonale romaine, à la place de l’actuelle maison de gardiens, qui était la marque de son antiquité et de sa pérennité. Nous n’avons pas les plans originels du château, d’époque médiévale ou moderne, mais sa position, ensoleillée et agréable, les décors qui y sont encore présents, et sa transformation, de préférence à d’autres, en château résidentiel au XVIIIe siècle, indiquent que ce fut une résidence appréciée, un lieu d’habitation particulièrement recherché.

Château de Châtillon, vue de la façade ouest.

Château de Châtillon. Vue de la façade ouest depuis le jardin.

Si la première famille qui semble avoir tenu le fief est celle des De Castellione, nous en perdons la trace au tournant entre XIIe et XIIIe siècle, lorsque le château passe, selon de Tillier, aux nobles Udrionis. Au XIIIe siècle, il est acquis par les Challant.

La famille de Challant apparaît au XIe ou XIIe siècle dans la vallée d'Aoste. Son chef, Boson Ier, et ses descendants, portent tout d’abord le titre (et assurent la fonction) de vicomte d'Aoste, jusqu'en 1295, c’est-à-dire de représentants directs du pouvoir des comtes de Savoie. Par la suite, ils prennent le patronyme de Challant, au XIIIe siècle, lorsqu’ils acquierent du comte Thomas 1er de Savoie le château de Ville, dans le village de Challant Saint Victor.

Il semble que ce soit Boson IV de Challant, au milieu du XIIIe siècle le premier à porter le titre de Seigneur de Châtillon. Et le château apparaît pour la première fois dans la reconnaissance qu'en fait Godefroi de Challant, en 1242. Si sa légende dit qu’il ne fut jamais ni cédé ni vendu, on sait pourtant qu’il fallut quand même à Iblet de Challant, en 1366, 8000 écus d’or pour le récupérer ex manu domini de l'alors comte de Savoie.

Château de Châtillon. Portrait d'Iblet de Challant.

Portrait d'Iblet de Challant (né vers 1330 - Verrès le 21 septembre 1409)

Les Challant agrandissent le château dès 1400 (sans doute Jean de Challant). En témoignent encore de nos jours les fresques de l’actuelle salle des archives (« cycle de Renart »), ainsi qu’une partie des structures architecturales de la cave.

Château de Châtillon. Fresques de la salle des archives, début XVe siècle.

Château de Châtillon. Fresques de la salle des archives, datant probablement du début du XVe siècle, comme celles du château de Fénis, sur le thème du roman de Renard.

Par la suite, il change certes de branche de la famille de temps en temps (1326, 1430, 1573…), mais il reste Challant de manière ininterrompue durant plus de 400 ans. Malmené pour des questions de succession, le château est renforcé et fortifié au cours du XVe siècle par Catherine de Challant, qui en avait hérité de son père, et par Pierre d’Introd, son mari. Mais, conquis militairement par une autre branche de la famille (Jacques de Challant-Aymavilles), avec l’accord des Savoie, il change alors de propriétaire, et subit une autre série de travaux de remise en état.

Château de Châtillon. Portrait de Jacques de Challant.Château de Châtillon. Portrait de Philibert de Challant.Château de Châtillon. Portrait de René de Challant.

Portraits des grands personnages de la famille de Challant.

En 1502, Philibert de Challant y baptise son fils René dans la Chapelle du Levant, redécorée pour l’occasion (peintures encore existantes). Et même si René n’y séjourne presque jamais, on peut sans doute dater de son mariage avec Mencie du Portugal la décoration a fresques, préexistant au salon actuel et encore visible dans les combles, dont les motifs sont des navires, et des cordages, thèmes pour le moins inhabituels dans la vallée. Château de Châtillon. Portrait de Mencie de Portugal, épouse de René de Challant.Château de Châtillon. Fresques marines et navales dans les combles.

Portrait de Mencie du Portugal, épouse de René de Challant. Fresques à thème maritime, actuellement dans les combles du château, probablement peinte en l'honneur du mariage de Mencie avec René de Challant.

En 1573, Georges de Challant s'y établit avec sa femme et ses enfants, et entreprend d’en rafraîchir la décoration. Entre autres, il fait en 1578 peindre l’image du Saint Suaire au dessus de la Chapelle du Levant, droit et devoir de toutes les églises et chapelles ayant reçu la célèbre relique lors de ses différents déplacements entre les cours de Turin et de Chambéry.
Malheureusement, le château est occupé par les envahisseurs français en 1691 et 1704, subit alors les déprédations des troupes (aménagements divers, abattage de bois, animaux…) et en souffre sans doute beaucoup.

Du coup, à partir de 1717, Pauline Solaro de Govone, épouse de Georges-François de Challant, entreprend une troisième reconstruction du château, mais dans le style du XVIIIe siècle, très marqué par celui des villas palladiennes des environs de Venise, ou par le luxe plus urbain des résidences de Turin.

Château de Châtillon. Décor baroque du grand salon.

Château de Châtillon. Grand salon, en style baroque rococo, datant de la première moitié du XVIIIe siècle. Pauline Solaro di Govone, épouse Challant, s'inspire probablement des décors du château de Govone.

Devenu bien plus confortable et commode à l'intérieur, il perd alors ses attributs militaires (tours crénelées, courtines, enceinte…), et se recouvre de crépis de sable de la Doire.

Partiellement détruit en 1755 par un tremblement de terre qui l’endommagea gravement, il fut de nouveau objet de grands travaux de réfection des murailles et du toit en 1769.

A la mort du dernier des Challant de la branche Châtillon (Jules-Hyacinthe), en 1802, à l’âge de sept ans, le château passa à sa mère, Gabrielle Canalis de Cumiana, qui épousa en secondes noces, en 1814, Aimé Passerin d'Entrèves. Ce dernier appartient à une famille originaire de Florence, et établie dans les montagnes de la Valtournenche sans doute au XVe siècle. Au cours de l'occupation de la vallée par les troupes révolutionnaires puis Napoléoniennes, Aimé, alors militaire, reussit à extraire Gabrielle de Challant du château d'Ivrea, où elle était prisonnière. Il devient alors son homme de confiance, puis son mari.

A partir de 1841, le château comme l’ensemble du patrimoine des Challant devient partie de celui des Passerin d’Entrèves, qui détiennent le château encore aujourd'hui.

Occupé par les allemands au cours de la seconde guerre mondiale, il contient quelques souvenirs historiques de cette période, entre autres des inscriptions gravées sur une porte de la cave, en ukrainien, langue sans doute des serviteurs ou prisonniers que les allemands avaient avec eux.

Le Parc, toujours de propriété de la Comtesse Claudia Passerin d'Entrèves, est ouvert au public par les bons soins de l'administration régionale, et est fort appréciable dans les chaleurs de l’été ou pour ses couleurs à l’automne.
Certains de ses arbres furent plantés au début du XVIIIe siècle, et occupent encore les premiers rôles dans le parc. On y observe des tilleuls, des hêtres, des frênes, des chênes et des érables, de toutes tailles et âges. Ces plantes monumentales, défendues par une loi spéciale régionale, sont repérées par un panonceau qui en indique les caractéristiques.

Restauration

Classé aux monuments historiques, le château est néanmoins privé, et n’est donc pas ouvert au public. Il est entretenu en l’état par ses propriétaires. Des travaux récents ont permis de refaire la toiture, de rénover l’intérieur, et de moderniser la maison des gardiens, toujours sous l’œil attentif de l’administration régionale.